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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Phèdre : mésexplication

Phèdre : mésexplication

Oui, je te vois Sar…euh, je voulais dire, je te vois ami lecteur !  Mieux, je sais ce que tu penses de Phèdre : « Ca doit être nul et chiant, c’est du XVIIème siècle, c’est trop vieux, c’est pas pour moi, je vais rien comprendre, et si je regardais Plus belle la vie plutôt ?! ». STOOOOOOOOOOOOOOOP, lecteur inconscient surtout très con, lâche cette télécommande, repose ce doigt vengeur et file acheter Phèdre parce que c’est génial !


Bouge pas, je vais t’expliquer en étudiant de très près la pièce de Racine.

Au début de l’acte I, Phèdre, épouse de Thésée, est mourante, elle bave, elle tremble, elle sert plus à rien. Si elle était un cheval de course on la piquerait !! D’ailleurs, l’ami de son beau-fils Hippolyte (Oui, Thésée est un cavaleur, avant de connaître Phèdre il s’est sauté une amazone, peu dégoûté par le fait qu’elle n’ait qu’un nichon, et il lui a même fait un gosse) le fait très judicieusement remarquer  « Et d’ailleurs quels périls vous peut faire courir/ Une femme mourante et qui cherche à mourir ? ». Héhé il a raison le poto mais toi et moi qu’on connaît la fin de la pièce, déjà on se marre…Quoi, tu connais pas la fin ? On est dans une tragédie, tu dois te douter que ça finira pas par un mariage !

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Mais bon, Phèdre arrive et confirme l’opinion de Théramène, elle a pas l’air en forme : elle veut mourir (« Mourons. De tant d’horreurs qu’un trépas me délivre. ») et elle explique pourquoi : elle est amoureuse de son beau-fils Hippolyte, lequel est amoureux d’Aricie (mais ça, Phèdre elle le sait pas !! C’est les feux de l’amour quoi !!). Cet amour la tue au sens propre, elle ne veut pas être adultère et encore moins incestueuse…Enfin, qu’à cela ne tienne, Phèdre continue néanmoins à vivre.

 

Et là je veux pas faire ma chieuse mais il me semble quand même que Phèdre elle met vachement de mauvaise volonté à crever ! D’ailleurs, coup de théâtre, on apprend que c’est Thésée le serial-queuteur (si, c’est dit dans la pièce ; Thésée est décrit comme « volage, adorateur de mille objets divers/ Qui va du Dieu des morts déshonorer la couche ») qui vient de mourir ! Du coup Phèdre revit et sa bonne Oenone, d’ailleurs fort conne, lui donne ce conseil de merde : épouse ton beau-fils : vu que ton mari a clamsé c’est plus un inceste !
 
Et voilà notre Phèdre toute heureuse d’aller voir Hippolyte…Qui la repousse d’un air écœuré…Et en oubliant son épée dans la piaule de Phèdre, quel gland ! Voilà notre Phèdre toute désespérée, elle se trouve vieille et moche, elle veut une nouvelle paire de seins !
Bon, et là, second coup de théâtre : finalement le roi n’est pas mort, il va revenir au palais d’ici cinq minutes ! Phèdre est emmerdée et reveut mourir, c’est une manie ! Mais Oenone la bonne conne lui redonne un deuxième conseil pourri : accuser auprès du roi Hippolyte d’avoir voulu la séduire ! Réponse de Phèdre, fais-le toi, « Dans le trouble où je suis je ne puis rien pour moi ».


Face à la lâche passivité de sa maîtresse, Oenone, vile salope, file tout rapporter au roi Thésée qui fait venir son fils pour lui passer un savon, elle sort même son épée en disant que Polyte a voulu violer Phèdre avec (ok, ça c'est pas dans la pièce...).
Hippolyte arrive, son innocence est celle des pâquerettes de jardin…ou alors il est sacrément débile, je sais pas ; il se pointe et voit son père furax « Puis-je vous demander quel funeste nuage/ Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ? ». Le roi laisse alors éclater sa colère, il accuse Hippolyte et appelle sur lui la colère de Neptune…Et là, au lieu de se défendre, le rejeton (bon, en fait, je penche pour sa débilité chronique) sort « D’un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !/ Un tel excès d’horreur rend mon âme interdite ;/ Tant de coups imprévus m’accablent à la fois,/ Qu’ils m’ôtent la parole et m’étouffent la voix » <= Arrêt sur lecture : notez qu’Hippolyte parle de lui à la troisième personne, comme César, Delon…Ou Tarzan…étant fils d’amazone, il est possible qu’Hippolyte maîtrise mal notre langue ! Deuxième remarque : vous avez vu ? Hippolyte a besoin de trois alexandrins pour nous expliquer qu’il peut pas parler…je trouve ça fortiche quand même !

 

Au bout d’un moment, Hippolyte retrouve l’usage de sa langue…Non pour sucer son père, ce serait répugnant, mais pour se défendre : « Elevé dans le sein d’une chaste héroïne,/ Je n’ai point de son sang démenti l’origine ».
Quel gland ce Polyte : courroux du père : « Quoi ? Vil ! Pour ta défense tu ne sais qu’user/ D’obscènes paroles, nichons, origines du monde ?! » (ok, j’avoue, cette tirade est de moi).

 

 

Mais sautons quelques péripatépéties sans importance, que vous pourrez lire lorsque vous aurez acquis le Phèdre de Racine pour 1,50€, et passons à la fin, mon passage préféré !

A la fin de la pièce donc, Phèdre s’est enfin rendue compte que les conseils d’Oenone c’était de la merde ; elle fout sa nourrice dehors à grands coups de « Je ne t’écoute plus. Va-t-en monstre exécrable/ Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable »…A mon avis, la bonne ne reçoit même pas ses gages : résultat, elle se suicide. C’est pas très grave après tout, c’était qu’une plouque.

 

Entre temps, le roi regrette d’avoir maudit son fils, ça lui a collé la chiasse vu que ses « entrailles se troublent », il réclame sa présence mais seul Théramène, le poto du fiston du début (on se demande quand même la nature sexuelle des relations des deux jeunes hommes) se pointe et là il explique « Hippolyte n’est plus ». Thésée, qui a un sens inné de la répartie repartit donc « Dieux ! ». Et Théramène explique que Poséidon a envoyé un monstre marin sur Polyte : « L’onde s’approche, se brise et vomit à nos yeux,/ Parmi des flots d’écume un monstre furieux./ Son front large est armé de cornes menaçantes/ Tout son corps est couvert d’écailles jaunissantes ;/ Indomptable taureau, dragon impétueux,/ Sa croupe se recourbe en replis tortueux »…Mouais, imaginez donc une bête mi-taureau mi-dragon avec des cornes, des écailles, une longue queue et un gros cul…OUI, vous l’avez reconnu, c’est Casimir !! Bon, en même temps, le récit de messager permet au théâtre de ne pas représenter la scène de visu. Sachant qu’il n’aurait pas à créer un taureau-dragon de carton-pâte, Racine en a rajouté des tonnes dans les détails glauques !

 

Et en fait, notre Casimir n’est pas si sympa que ça comme le précise le gentil Théramène : « J’ai vu, Seigneur, j’ai vu votre malheureux fils/ Traîné par les chevaux que sa main a nourris ». Apparemment, ça lui plaît beaucoup à Théramène de raconter avec moult détails la mort de Polyte à son papa éploré ; il ajoute nombre de précisions gorissimes : « Tout son corps n’est qu’une plaie […] De son généreux sang la trace nous conduit:/ Les rochers en sont teints ;/ Les ronces dégouttantes/ Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes ».  Là, on a bien compris qu’il faudra numéroter les abattis d’Hippolyte avant de l’enterrer.


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Mais Phèdre arrive et avoue sa faute à Thésée ! La brave femme, elle est mourante !! Si si, pour de vrai, elle vient de s'empoisonner (Racine aime bien le poison, voir Bio sur Racine) ! Même Panope…Tiens, qui c’est ça, j’en ai pas encore parlé…Bah, sans doute un esclave de seconde zone…Même Panope constate l’heure de la mort : « Elle expire, Seigneur ! ».
Cependant, le roi s’en fout, il la laisse crever, faire des « argh » et des « orgh » dans son coin et préfère étudier les lieux du crime de son fils où c’est plus rigolo et où on peut jouer aux puzzles. Légèrement nécrophile il conclut par un étrange « Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste ». Beurk, vraiment un porc ce Thésée !


Maintenant que je vous ai bien expliqué le comique dans Phèdre, j’espère que vous vous précipiterez pour le lire !

A bon entendeur, bon lecteur, salut !