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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Maupassant 3: "Trop de putains !"

Maupassant 3: "Trop de putains !"

Rien ne va plus au ministère de la Marine (rassurez-vous, ceci n’est pas de la politique fiction, Marine n’a pas (encore) de ministère !). Les supérieurs de Maupassant, qui ne l’accompagnent pas au bordel, ça se voit, le trouvent « mou, sans énergie »*.

 

De son côté, Guy en a assez de cette triste vie de fonctionnaire vendu au système (il va poser une bombe, j’en suis sûre), il veut faire quelque chose de grand (Kes je vous disais !), retrouver son intégrité perdue. Il démissionne le 4 janvier 1879…et demande à Flaubert de le pistonner* (hein ?) dans un autre ministère (Oh !). Gutave le fait donc nommer « employé au ministère de l’instruction publique, attaché au cabinet (c’est une dame-pipi en fait ?) chargé de la correspondance du ministère et de l’administration des cultes, de l’enseignement supérieur et de la comptabilité »*…Rien que ça ? Il devait avoir des cartes de visite format A3 !

 

A presque trente ans, Maupassant a donc fait sa révolution mais il n’a toujours rien publié*, en raison d’un programme extrêmement chargé ! En semaine, il attache, correspond, administre comptabilise mais le samedi, c’est putes, champagne, copains, putes,  bouffe, putes + éther, canotage + putes+ vomi pour une journée bien remplie * !
Avec ses copains, Guy créera la « société des Maquereaux » puis la « société des Crépitiens »*…aucun rapport avec Valérie Damidot et le crépis puisque CrépiT était le dieu romain des pétomanes* ! Déjà, Guy porte en lui les germes de cette acuité sociale, de cette finesse légendaire qu’on lui connait !

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Le dimanche, Guy va chez Flaubert où il fréquente les Goncourt, Zola, Huysmans, Catulle Mendès*…Que du beau monde ! Il y fait des blagues pornos et scatos*. A l’occasion, il emmène Tonton Flaubert au bordel pour lui faire des démonstrations de virilité* : « Hé, regarde-moi Tonton, j’en suis à six d’affilée ! T’es fier hein ?! »

 

Mais après avoir vidé quelques verres et s’être vidé dans quelques putes, Maupassant se sent vide : l’ennui, le spleen reprennent leurs droits*, la maladie le ronge et la vanité de la vie lui apparaît nimbée d’une obscène clarté*.
Heureusement que Tonton Flaubert est de bon conseil : « Vous vous plaignez du cul des femmes qui est « monotone ». Il y a un remède bien simple, c’est de ne plus vous en servir…Enfin, mon cher ami, vous m’avez l’air bien embêté et votre ennui m’afflige, car vous pourriez employer plus agréablement votre temps. Il faut, entendez-vous jeune homme, il faut travailler plus que ça. […] Trop de putains ! trop de canotage ! trop d’exercices ! oui, monsieur ! »*

 

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Et là, c’est le miracle : en 1880, Guy publie son poème « Au bord de l’eau » dans lequel il se tape une lavandière moyennement consentante sous l’œil écoeuré des animaux de la forêt* :

 

Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres :
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos,
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.
Les grenouilles, la caille, et les bruits et les voix
Se turent ; un silence énorme emplit l’espace.
Soudain, jetant aux vents sa lugubre menace,
Très loin derrière nous un chien hurla trois fois.

 

Maupassant se prend son premier procès pour « outrage aux bonnes mœurs »* car enfin, quand on est honnête homme, on trousse les domestiques dans le secret de leur cuisine et non en pleine nature, aux yeux de tous !
Flaubert est tout fier de son poulain. Comme il est familier de ce genre de procès (rappelez-vous Madame Bovary !), il défend Guy qui obtient un non-lieu*. Ca lui donne des ailes. Le 17 avril, « Boule de suif » sort chez tous les bons libraires. C’est l’histoire d’une putain généreuse confrontée au mépris et à l’hypocrisie des bourgeois*...Maupassant nous parle de ce qu’il connaît sur le bout…des doigts !
C’est un succès, Flaubert ne tarit pas d’éloges sur cette nouvelle qu’il qualifie de chef-d’œuvre*.

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Malheureusement, le 8 mai, alors qu’il fête par anticipation la fin de la deuxième guerre mondiale, Flaubert est foudroyé par une hémorragie cérébrale*. Guy arrive immédiatement, lui fait en urgence son numéro de pétomane scatophile préféré et, voyant que le maître ne réagit pas, il comprend qu’il est au plus mal.
Flaubert meurt dans la nuit*. C’est Maupassant qui lui fait sa toilette mortuaire*.

 

Après avoir tué le père, Maupassant, souffrant et migraineux, part dans le sud avec Môman* pour parachever son Œdipe.