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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Les malheurs et déboires de Steevy (pauvre ours malheureux affublé d'un sobriquet ridicule)

Les malheurs et déboires de Steevy (pauvre ours malheureux affublé d'un sobriquet ridicule)

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D'après l'oeuvre de Leslie Tychsem : http://fricasseepourcamion.le-net.org/the/shop/ ou https://www.facebook.com/Tychsem

Il était une fois un grand industriel qui avait décidé de faire la nique à la poupée Barpie en créant le jouet le plus populaire au monde. Alors il acheta des écoles qu’il transforma en laboratoires géants afin de sonder la cervelle enfantine et d’en saisir les envies les plus profondes.

Et cela fonctionna : au bout de cinq ans, savants, designers et stylistes avaient élaboré la parfaite peluche. Il s’agissait d’un petit ours aux oreilles tombantes, à la panse ventrue en pilou véritable, aux fines pattes flexibles. Sa truffe semblait constamment chaude et humide comme celle d’un véritable chiot. Sa  langue dépassait de sa bouche avec espièglerie mais surtout, le petit ours avait été doté de magnifiques yeux malicieux en onyx ; des yeux qui semblaient constamment rire et réconforter. L’idéal en période de crise !

L’ours fut donc nommé Happy bear et, puisqu’il avait été conçu par des enfants occidentaux, il était naturel de le faire fabriquer par des enfants du Bangladesh !

Cependant, sur le site de montage, au moment de terminer l’une des peluches, le gamin chargé de coudre les yeux fit une erreur et lui posa les grands yeux de biche tout tristes qui étaient destinés à la peluche Droopy. L’effet en fut catastrophique : cet ours n’inspirait désormais que pitié et désarroi ! Terrifié à l’idée que son cruel contremaître découvre son erreur, l’enfant emballa la peluche, la cacha sous son manteau, passa le contrôle-qualité et déposa le petit ours triste dans une caisse prête à être expédiée quelque part en Europe.

Pendant ce temps, deux mois avant la sortie du fameux jouet, une campagne de publicité sans précédent faisait rage. Les murs étaient tous couverts d’affiches où la délicieuse bouille d’ours s’étalait. Sur toutes les chaînes de télévision passaient en boucle des publicités dans lesquelles les stars les plus influentes du cinéma ou du sport international (et même d’anciens présidents déchus de petite taille !) étaient filmés en pyjama à motifs happy bear et étreignaient leur happy bear en déclarant très sérieusement : « Me ? Without my happy bear ? I couldn’t bear ! »

Pendant une semaine, tout le monde rit de la campagne et la jugea ridicule …Néanmoins, tout le monde en parlait ! Et puis, ce fut la folie. Tout le monde voulait son happy bear et attendit avec frénésie sa sortie.  
Mais même après la date fatidique, l’hystérie persista car les ours étaient savamment distribués au compte-goutte. La pénurie fit rage et l’on assista à de sanglantes émeutes dans tous les magasins de jouets.
La police dénombra trente  morts en France mais, après que l’industriel fabriquant Happy bear eut dédommagé les familles endeuillées, les morts ressuscitèrent miraculeusement et l’univers du petit ours ne fut à nouveau que paix et bonheur !

Nous retrouvâmes ainsi notre peluche mal-façonnée écartelée entre une jeune cadre dynamique qui tirait sur sa tête et un concessionnaire automobile qui, lui, se cramponnait à ses pattes arrières avec toute la force du désespoir. Au bout de quelques minutes, un grand bruit se fit entendre : le concessionnaire avait tiré tellement fort que l’épaule de son adversaire s’était démise ! Par miracle, Unhappy bear était intact. Notre concessionnaire rentra donc avec son précieux paquet qu’il destinait à Veruca, sa petite fille adorée. Il était encore plus fier que le jour où il avait réussi à vendre une porsche affublée de son crédit à 19% à un smicard !

A suivre...