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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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La vraie vie des ékrivains krevés. -7- Racine le démoniaque

La vraie vie des ékrivains krevés. -7- Racine le démoniaque

 

 

Contrairement à ce que tout homme de mauvaise volonté pourrait croire, Jean Racine s’appelait vraiment Jean Racine et n’avait pas adopté de pseudonyme abandonné sur le bord d’une toroute un soir d’été contrairement à son éminent confrère, je veux évidemment parler…enfin écrire de Jean Rage ou encore de son cousin germain Jean Darme


Laissons passer un ange Rennie afin que vous digériez cette série de vannes

ringardes et commençons l’histoire de la vie de Jean Racine.

 

Le petit Jean (qui n’a d’ailleurs jamais connu Robin des Bois de son vivant ni de sa mort..., enfin je suppose), le petit Jean est né à La Ferté-Milon* (non, je sais pas où c’est, achetez un plan : moi je suis littéraire et pas géographe !!) le 22 décembre 1639*. Pas de bol, à quelques jours près, Jean aurait pu se vanter d’être la résurrection du Christ. Au lieu de cette influence christique classieuse, Jean semble voir son enfance dirigée par Satan.

 

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En effet, Maman Racine meurt en 1641*, officiellement des suites d’un chiage de chiard raté* (oui, suite à un accouchement…N’empêche que ce sale gamin l’a butée ! Salauds de gosses !). En 1642, Papa Racine se remarie* et décède gaiement moins d’un an plus tard* !  
La souche parentale étant morte, les petits Racine trouvent refuge dans une autre branche racinienne ; chez leurs grands-parents*. Ils ne devaient pas avoir touché beaucoup de bois car Papi Racine se retrouve dans une boîte en sapin dès 1649*.

 

Et là, mes chers amis, en plus de faire des minables métaphores filées à base d’arbres, je m’interroge : trois morts mystérieuses en huit ans à peine ça paraît un peu étrange…Même Christophe Hondelatte en serait frappé !
Mon hypothèse est donc que Jean Racine a tué parents et grand-père ! Oui Mesdames et Messieurs, vous me lisez bien ; le premier tueur en série de l’histoire ne serait donc pas Jack l’éventreur mais Jean le vividisséqueur de La Ferté-Milon ! Et fuck in the ass à ces enfoirés d’anglais qui pensent avoir inventé la tuerie en série !

 

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Mais nous reparlerons plus tard de la magnifique carrière criminelle de Jean. Se méfiant de son petit-fils, Marie Desmoulins l’emmène à Port-Royal* afin que les religieux lui apprennent qu’il est mal de tuer son prochain proche parent.

 

C’est là qu’on s’aperçoit que le petit Racine parle un français étrange. Ainsi, au lieu de dire « je suis crevé, ça fait trois nuits que j’insomnie », il sort « Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux depuis que le sommeil n’est entré dans mes yeux »,  au lieu de dire « Tiens, t’as mauvaise mine, t’as des soucis ? », il déclame « Puis-je vous demander quel funeste nuage, Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ? », enfin, au lieu de sortir un bon vieux « Tu me fais chier », il préfère déclarer « Mes entrailles pour toi se troublent par avance ». Bref, personne comprend le jeune garçon au point que ses maîtres de Port-Royal, Nicole (qui est un homme, quoi de plus naturel en somme?) et Lancelot (non, pas celui du lac) décident de lui faire apprendre le grec et le latin* vu qu’apparemment il a du mal avec le français !
En moins d’un an, Racine peut couramment lire les tragédies de Sophocleet d’Euripide qu’il annote avec passion*.

 

Il étudie la philosophie au collège d’Harcourt jusqu’en 1659*. Là, libéré de ses maîtres jansénistes sympas mais un peu coincés, il mène joyeuse vie à Paris* où il fait la rencontre de La Fontaine*, autre fêtard littéraire au nom naturel*.

images-copie-5.jpgJe sais, sur cette photo ça se voit pas trop que La Fontaine était libertin...Quoique le nez turgescent soit un indice convaincant !

 

En plus d’être un petit con de fêtard, notre Racine est ambitieux* : afin de réussir sa carrière littéraire, il apprend vite à lécher le bas-bas-du-dos des grands*. Il écrit donc une ode pour célébrer le mariage de Louis XIV*, ode portant le doux nom de « Elle va prendre sa giclée la jeune mariée » euh non, je voulais dire « La Nymphe de la Seine »*...Et lui rapportant cent louis !*

En 1661, Racine se retire chez un oncle chanoine à Uzès* non par charité mais pour recevoir un bénéfice substantiel* ! Et il s’emmerde grave pendant un an jusqu’à ce qu’on lui offre un petit prieuré minable de rien du tout* ! Racine retourne donc à Paris en grognant et râlant que les curés c’est tous des radins (il aurait en effet déclaré « Je ne suis pas venu si loin pour ne rien gagner »*) et recommence à lécher le scrotum du Roi en lui pondant en 63 une ode pour le féliciter d’avoir vaincu un ennemi vicieux, redoutable, la terreur des guerriers…J’ai nommé, la rougeole* ! Et Louis est conquis, il finance le jeune Racine* !

 

En 1664 a lieu la première représentation de la Thébaïde, de Monsieur Racine et joué par la troupe de Molière*. Mais malgré ce regroupement de stars, le public boude la pièce*.

 

C’est en 1665 que Racine rencontrera son premier grand succès avec Alexandre*. Grand succès auprès du roi sucé sans pudeur car la pièce est un hymne en son honneur* mais grand succès populaire aussi* !
Cependant, Racine fait un coup de pute à Molière ; il lui retire sa pièce pour la confier aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne* et en profite pour lui retirer dans la foulée sa meilleure actrice, Thérèse Du Parc* (qui est bien sûr sa maîtresse) pour qui il écrira Andromaque en 1667*.
C’est la consécration pour Racine, la cour pleure*, le public pleure, même les serpents pleurent, tout émus qu’ils sont par le fameux « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » !

 

Mais dans l’ombre tapie, une vieille Corneille fulmine en silence, attendant de dévorer cette jeune et impudente Racine ; je veux bien entendu parler de Pierre Corneille, autre auteur à l’onomastique naturaliste (c’était la mode à l’époque…D’ailleurs, pour se souvenir des grands auteurs du XVIIème, il suffit de se rappeler la phrase « Une Corneille, perchée sur une Racine, boit l’eau de la Fontaine Molière » (copyright Chantal)). Nous reparlerons plus tard de notre ami Pierre !

 

Pour l’instant, il est temps de nous replonger dans la carrière criminelle de Racine. 

En effet, en décembre 1668, la Du Parc, que Racine avait épousée en secret l’année précédente*, meurt de manière mystérieuse*. Sa mère parlera d’empoisonnement et plus de dix ans plus tard, La Voisin, accusée dans l’affaire des poisons*, insinuera que l’auteur dramatique n’était pas étranger à la mort de sa femme*. Cependant, les critiques s’accordent désormais à penser que la Du Parc serait morte suite à un avortement raté*…

 

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Mais enfin Racine est plein de sève ! Il se trouve une nouvelle maîtresse-actrice, laChampmeslé* (car la racine se plaît plus en champ qu’en parc au final) et la fait jouer en 1669 dans son Britannicus*. Nouvel échec pour cette pièce qui est pourtant assez rigolote à mon humble opinion Non, Britannicus ça ne parle pas de bretons s'enculant à tout va comme le titre trompeur le laisse supputer (d'où la déception des spectateurs de l'époque et l'échec de la pièce peut-être!). Britannicus, c’est en gros l’explication de la folie sanguinaire de Néron*. Au début, Néron n’est qu’un jeune empereur souhaitant échapper à l’influence de sa mère (Agrippine). Il en a marre que Maman lui fasse ses impôts et vérifie que ses oreilles et autres trous divers et d’été soient propres, il veut s’affirmer quoi ! Pour faire suer son demi-frère Britannicus (à qui il a piqué le trône), il lui vole sa fiancée Junie dont il tombe bien sûr amoureux (le trio amoureux c'est le dada de Racine). Et là se pose la question de l’influence des conseillers sur le pouvoir : Narcisse (le méchant traître) suggère à Néron d’empoisonner son demi-frère (oh tiens, encore du poison) tandis qu’Agrippine et Burrhus le supplient d’user de clémence. Néron hésite, à un moment il a presque l’air gentil et au final, il trucide quand même son frangin (de toute façon on s’en cogne, Britannicus il est assez fade et niais quand même…Néron est plus sympa…Enfin ça ce sont mes goûts personnels dépravés qui parlent !). Sa mère fait alors cette prédiction magnifique : « Tes remords te suivront comme autant de furies ;/ Tu croiras les calmes par d’autres barbaries ;/ Ta fureur s’irritant soi-même dans son cours,/ D’un sang toujours nouveau marquera tous les jours. »*

 

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Mais laissons l’ami Brita agoniser dans son pinard poisseux et poisonné pour arriver à l’année 1670 car c’est l’année de la guerre déclarée entre Corneille et Racine* ! Jusqu’à présent, les attaques étaient discrètes et perfides ; ainsi, dans sa comédie Les Plaideurs, Racine s’était légèrement foutu de la gueule de Corneille et de son Cid en reprenant l'émouvante tirade « Viens mon fils, viens mon sang » pour la transformer en « Viens mon sang, viens ma fille »* sortant de la bouche de Chicaneau, serial plaideur et amateur de procès ridicules félicitant sa fille d’avoir déchiré un acte d’huissier*.

 

 

Mais bref, en 70 c’est la guerre : selon la légende (et Fontenelle), c’estHenriette d’Angleterre (cousine et belle-sœur de Louis XIV…Ben vous savez, les mariages consanguins à l’époque c’était encore très fashion !) qui aurait foutu la merde entre les deux auteurs en leur proposant le même sujet de tragédie : la séparation forcée de Tite et Bérénice*. Pourquoi un tel sujet ? Encore une fois pour féliciter le roi et relécher son royal scrotum : en effet, Louis, dans sa jeunesse, cultivait une folle passion pour Marie Mancini, nièce de Mazarin * (mais si, y’a même eu un téléfilm de merde là-dessus avec Torreton en Mazarin et une gourdasse moche en Mancini !!). Bien sûr, Louis avait dû renoncer à cet amour en devenant roi et épouser une pouliche plus côtée : Marie-Thérèse*, même si elle était poilue, bigote* et qu’elle parlait comme une vache espagnole* !

Et rebref, je me perds en digressions hystérico-historiques. Donc, pour féliciter le roi d’avoir délaissé son premier amour, Corneille et Racine écrivirent simultanément et respectivement Tite et Bérénice etBérénice* tandis qu’Henriette d’Angleterre mourait dans son bol de chicorée de fort mystérieuse manière* ! Malheureusement pour ce pauvre Corneille qui était quand même bien sympa, ce fut Racine qui triompha* : paraît-il que le roi pleura de se voir si beau et si courageux et que Marie Mancini tomba une ou deux fois dans les pommes au cours de la représentation* !

 

Mais c’est pas pour ça que Racine sera tiré d’affaire ; Corneille a encore beaucoup d’amis qui n’apprécient pas le jeune lèche-cul arriviste !
Ainsi, en 1677, sa Phèdre obtient un succès mitigé*.
C’est pourtant une pièce absolument géniale et extrêmement drôle à mon goût, je vous en reparlerai cette semaine.

 

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La même année, Racine est nommé historiographe du roi* et épouse Catherine du Romanet qui lui fera sept enfants*. Sur ces sept enfants, l’un souhaitera épouser une carrière littéraire mais son père le lui interdira, prétextant qu’il n’y a qu’un seul et grand Racine* ; pas de bol, la place est déjà prise ! Son autre fils Louis aura cependant le droit d’écrire la biographie du divin Papounet*. Quant aux filles, sans doute dégoûtées de la masculinité tyrannique de leur père, elles prendront toutes le voile à son grand désespoir*.

En parlant de religion, Racine, qui avait rompu avec Port-Royal* et fait preuve d’une immense hypocrisie religieuse, se tourne vers le jansénisme à nouveau et débute une nouvelle vie de piété* : finis poisons, putes et coups de pute !
Racine s’offre une nouvelle virginité, il décide d’arrêter d’écrire des pièces profanes, jugées impures par les jansénistes* et interdit même à ses fils d’aller au théâtre* !

 

Mais, chose plus étonnante, Racine devient presque gentil: en 1685, alors directeur de l’Académie française, il reçoit Thomas Corneille, venu remplacer son frère Pierre mort l’année précédente*. A cette occasion il fait un éloge enjoué de son ancien rival* ! Bah en même temps une fois Pierrot mort, je trouve que Racine avait peu de mérite à le louer ; il ne risquait plus grand-chose !

 

Jusqu’à la fin de sa vie, Racine, repentant de sa vie de criminel, n’écrira plus que des pièces religieuses commandées par Madame de Maintenon afin qu’on les fît représenter à Saint-Cyr pour ses filles*. Racine produira ainsi Esther et Athalie en 89 et 91*. Il s’agit de pièces assez réussies ne négligeant aucun effet de cruauté hémoglobineuse malgré leur thématique biblique* ! Athalie par exemple est une sympathique souveraine ayant décidé de trucider tous les membres de sa famille pour éviter de se faire piquer le pouvoir*…On est loin de la messe télévisée du dimanche non ?

 

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A la fois en bon termes avec le roi et les jansénistes, Racine meurt le 21 avril 1699* de manière très humble et repentante comme le prouve son testament* : « Je désire qu'après ma mort mon corps soit porté à Port Royal des Champs et qu'il y soit inhumé dans le cimetière au pied de la fosse de M Hamon. Je supplie très humblement la mère abbesse et les religieuses de vouloir bien m'accorder cet honneur quoique je m'en reconnoisse très indigne et par les scandales de ma vie passée et par le peu d'usage que j'ai fait de l'excellente éducation que j'ai reçue autrefois dans cette maison et des grands exemples de piété et de pénitence que j'y ai vus et dont je n'ai été qu'un stérile admirateur. Comme je suis incertain de l'heure à laquelle il plaira à Dieu de m'appeler et que je puis mourir sans avoir le temps de déclarer mes dernières intentions j'ai cru que je ferois bien de prier ici ma femme de plusieurs petites choses auxquelles j'espère qu’elle ne voudra pas manquer.
Premièrement de continuer à verser à une bonne vieille nourrice que j'ai à la Ferté Milon jusqu'à sa mort quatre francs ou cent sous par mois que je lui donne depuis quelque temps pour lui aider à vivre. De donner une somme de 5oo francs aux pauvres de la paroisse de Saint André. Pareille somme à ma sœur pour Saint-Sulpice
. »*

Jusque dans son testament, Racine réunit tous les éléments d’une bonne tragédie : un héros repenti et mourant, une nourrice pauvre et sans doute un peu débile, une veuve éplorée et une sœur chaste et pure.
Mais quel comédien ce Racine !!