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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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La lentille de qu'on tâte: vieux machin écrit avant que je n'atteigne ma vingtième et canonique année !

 

Tout commença un lundi 31 juin.

Ce lundi 31 juin, je m’étais réveillée avec la ferme intention de dresser des limaces afin de partir en tournée avec le tout premier cirque des limaces au monde. Après quatre heures d’infructueuses tentatives (j’avais tout essayé : j’avais aboyé des ordres en allemand, électrocuté les récalcitrantes, essayé les méthodes douces etc…), je dus me rendre à l’évidence : le rêve de toute ma vie était brisé ; il jonchait le sol sous la forme de bouillie de limaces !

 

A partir de ce moment là, j’hésitais fortement entre deux options : me suicider ou regarder « Certains l’aiment chaud » avec Marilyn Monroe. Je choisis de me suicider en me cognant très fort le petit doigt contre la table mais comme ça ne marchait pas, je décidai de regarder Marilyn Monroe.

 

A la moitié du film, je ressentis une intense envie de me gratter l’œil droit et me grattai donc l’œil droit parce que je ne suis qu’une faible femme incapable de résister à la moindre de mes envies…

Sauf que, tous les porteurs de lentilles le savent, se gratter à pleins doigts un œil porteur de lentille, ça peut être très risqué !

Effectivement, lorsque je retirai mon index, mon majeur et mon annulaire de mon œil droit, je me rendis compte que j’avais égaré ma lentille gauche…Elle avait dû se faire la malle, vexée que seule la lentille droite ait droit à un grattage en règle mais sans le sang !

 

J’eus beau appeler, supplier, suppliquer, elle ne voulut pas reparaître. Je posai un grain d’emmental sur mon œil pour l’attirer, pris un miroir et inspectai attentivement mon œil avec la rigueur de Maigret lorsqu’il bourre………..sa pipe en attendant que ma lentille ressorte de sa cachette, attirée par le morceau de fromage.

Dix minutes plus tard, je la vis s’approcher prudemment et renifler l’emmental. Mon index et mon pouce vengeurs se précipitèrent pour la rattraper mais la petite saleté s’était enfuie derrière mon globe occuleux.

 

C’en était trop : il était temps d’employer les grands moyens !

Je pris une petite cuillère, la calai sous mon œil et fis levier jusqu’à ce que mon globe oculaire s’éjecte au doux son d’un petit plop.

Je chargeais index et majeur de fouiller la cavité de l’orbite à l’aide d’une lampe torche. Deux minutes plus tard, ils me ramenaient la lentille coupable qui se débattait telle une belle diablesse. Je matai la lentille d’un coup sur le crâne, la replaçai sur mon œil que je replaçai lui-même dans son orbite avant de reprendre la lecture de mon film.

 

Etrangement, après ce petit intermède, je ne voyais plus rien !...Enfin si, je voyais ça : de la cervelle de veau mais sans la sauce dégueue. C’est là que je me rendis compte que j’avais replacé mon œil à l’envers et que du coup, je pouvais voir tout l’intérieur de mon crâne.

 

C’était assez inédit comme expérience et je m’amusais comme une folle à observer mes magnifiques lobes dégoulinants lorsque j’aperçus dans un coin une petite table en bois où trois drôles de petits personnages jouaient aux cartes.

J’appuyai sur la touche zoom de mon œil et distinguai très clairement du fric et des bouteilles de whisky vides sur la table. Intriguée, je hélai les petits personnages : « Hey vous ! Vous êtes qui ? Kes vous foutez dans mon cerveau ? ».

Un des protagonistes se tourna vers mon œil, lança une carte sur la table, écrasa son cigare sur mon lobe temporal (et ça faisait très mal d’ailleurs) avant de répondre :

 

 « C’est nous qu’on est tes neurones poupée ! 

 

- Heing –fis-je interloquée- mais enfin, vous n’êtes plus que trois ? Où sont les autres ?

 

- Ha, ils sont morts…trop de jeux d’argent et d’alcool ! »

 

A ce moment là, un des neurones qui me semblait un peu pâlot depuis tout à l’heure, se mit à convulser et à cracher du sang avant de s’immobiliser totalement.

Le neurone-à-cigare fit « ha, un de plus ! », le prit par les aisselles et le balança hors de mon cerveau par mon oreille droite.

 

Je n’avais donc plus que deux neurones et j’en ressentais déjà les effets : je commençais à baver et il m’était désormais impossible de me souvenir de ma table de 7 et de mon code de carte bleue (ce qui est nettement plus grave !).

 

Affolée, je décidai de bannir l’alcool et les cartes de mon cerveau : je ressortis mon œil de son orbite et me saisissais du whisky et de la table de jeu lorsque mon neurone-à-cigare arrêta mon geste d’un coup de dents : « te bile pas hé, on va t’arranger ça vite fait …de toute façon on a besoin d’être trois pour jouer aux cartes ! ». Puis, s’adressant à son collègue : « Alors, on s’encule ou on prend le train ?! ».

Aussitôt dit, aussitôt fait : mes deux neurones s’accouplèrent sous mon œil fasciné et quelque peu excité à vrai dire.

 

Trois minutes plus tard, le ventre du neurone pénétré se mit à gonfler avant de libérer deux bébés neurones-à-cigares qui s’installèrent à la table de jeu en braillant « Strip poker strip poker ! ».

 

Instantanément, je me sentis mieux…ok, je me souvenais toujours pas de ma table de 7 mais j’avais retrouvé mon code de carte bleue ! Je remerciai mes neurones, remis mon œil en place et retournai devant mon film en toute quiétude.