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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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L'île des vérités (Psikopat décembre 2013)

L’île des vérités


Il était une fois une île merveilleuse où avait émigré la fine-fleur de l’aristocratie. Tous les habitants étaient beaux comme le jour, blonds comme le blé, blancs comme la neige.


Ils avaient fui la France où régnait la débauche et avaient créé un état idéal aux frontières hermétiquement closes. En étaient bannis les immigrés, les basanés, les gauchistes, les clochards...La paix et l’harmonie régnaient jusqu’à ce que les sacs-poubelle s’amoncèlent au côté de déjections et de feuilles mortes. Dans les palais, la situation n’était guère plus reluisante. En l’absence de domesticité, les toiles d’araignées apparaissaient, les enfants s’ennuyaient et les parents se disputaient.


Chacun réalisa que certains corps de métiers faisaient cruellement défaut sur l’île. Mais tout le monde refusa d’être éboueur, maçon, femme de ménage ou instituteur. C’était des tâches pour arabes, portugais, gauchistes ; la lie de l’humanité enfin !

 

Alors la vie continua. Les déchets s’accumulaient, la crasse s’insinuait partout, les habits s’élimaient et la haine sourdait. Chacun se mit à guetter son voisin à la recherche d’une tare quelconque afin de lui attribuer les tâches ingrates.

 

Un jour, on repéra une tache de naissance dans le dos d’un des leurs. Il fut convoqué devant le conseil et on lui expliqua que ce défaut de carnation était la dive preuve de son infériorité. Il devait donc être éboueur. Mais l’homme se rebella, il se battit comme un diable, assomma quelques îliens et fut condamné à mort comme il se devait.

 

Suite à cet incident, une loi fut votée stipulant que les porteurs de taches de naissance, d’un hâle suspect, de grains de beauté, de pieds plats ou d’asymétrie testiculaire seraient chargés des basses-oeuvres de l’île sous peine de mort. Les habitants reçurent une invitation leur enjoignant poliment de se rendre à la visite médicale. Tous y allèrent, attendant leur tour en sous-vêtements dans un hall de marbre blanc. Parfois, on entendait les protestations d’un individu mal-conforme suivies d’un coup de feu sec...

 

Un an plus tard, un yacht subit une avanie et accosta sur l’île. On y découvrit des ruines criblées de balles, des rues crottées, des cadavres en putréfaction. Pas âme qui vive. Une grosse dame s’évanouit. Après avoir repris connaissance, elle déclara ulcérée : « Ces sauvages n’étaient pas assez civilisés pour la vie en collectivité. Rentrons vite en France ! »