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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Harry Porter à l'école des JT

Harry Porter était un enfant différent. Il arborait constamment une impeccable minivague blonde et un costume bleu foncé. Ses premiers mots furent « Mesdames, Messieurs, bonsoir » articulés à la perfection d’une voix de robot, terrifiant durablement ses parents.


Le dégoût que leur inspirait Harry ne fit que croître. L’enfant passait ses journées à observer la grand-rue en silence depuis la fenêtre. Le soir, il faisait un rapport détaillé de ce qu’il avait vu : chats abandonnés, voisins trompés, accidents graves.
Lorsque ses géniteurs lui suggéraient de trouver d’autres occupations, son regard devenait noir mais avec un sourire mauvais, il disait calmement : « Vous n’avez aucun droit sur moi. Il est évident que je suis un enfant adopté. Un jour, mes vrais parents viendront me chercher et m’enverront à l’école des JT ».

 

Mais Harry dut se contenter de l’école publique.
Etonnamment, il s’adapta très vite à son nouveau milieu. Il repéra les petites frappes, il les amadoua en leur fournissant des informations compromettantes sur leurs concurrents et s’en fit des alliés. Ensemble, ils créèrent un club d’élite nommé Le Millénaire. On y partageait des Kinder en faisant des plans pour améliorer la rentabilité du racket des petits.

 

Un jour pourtant, un immonde vol de pain au chocolat fut commis. Lorsque la maîtresse interrogea la classe, Harry ne put se retenir et l’on entendit sa voix mécanique débiter : « D’après nos sources, Radomira aurait volé le pain au chocolat de Kevin. Nous sommes donc en droit de nous le demander : y a-t-il un problème Rrom en France ? Radomira fait-elle partie d’un réseau ? Une enquête exclusive de la rédaction ! »

 

Suite à cet incident, Harry dut quitter l’école. Au chômage depuis trois mois, son père fut contraint de le garder.
Leurs journées étaient toujours identiques ; le père vaquait aux tâches ménagères, Harry, assis dans un fauteuil prenait des notes en l’observant. Lorsque sa mère rentrait, il la regardait d’un air narquois et prenait d’autres notes.

 

Ce fut jeudi que la rage de l’information reprit Harry. A dix heures, il se planta devant son père et déclara avec un petit sourire : « D’après notre envoyé spécial, Maman te trompe avec son patron et prépare son divorce. Elle devrait te laisser ma garde. »

 

Livide, le père se leva. Sans un mot, il posa les mains sur la gorge de son fils et serra...

 

C’est ainsi que le rêve d’Harry Porter se réalisa : il fit la une de tous les journaux sans même être passé par l’école des JT !