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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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FIFA sucker

FIFA sucker

Juché sur une caisse Caco-Calo, le Grand Inspecteur Footesque contemplait son oeuvre. Les rues avaient été javélisées et goudronnées pour l’arrivée des supporters du mondial. Où qu’il posât les yeux, il ne voyait que de magnifiques panneaux publicitaires neufs grands comme la tour Montparnasse. Il poussa un soupir d’aise tandis qu’une légère érection saluait son triomphe.

 

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Mais le guide brisa ce moment de grâce : « Monsieur Panini? Poursuivons-nous la visite? » Le Grand Inspecteur suivit son zélé compagnon jusqu’au stade surnommé « Nid du vautour » en raison des nombreuses tiges de métal qui s’y croisaient et des innombrables morts survenues au cours du chantier. Panini en eut le souffle coupé : c’était de toute beauté, digne des pyramides ! Mais un détail inesthétique gâcha son plaisir. Devant l’entrée, un clochard répugnant était affalé. Panini le toucha du bout de sa canne : « Qu’est-ce que cela, Pedro ? Ne deviez-vous pas tout « nettoyer » ?
- Nous avions commencé Monsieur mais le peuple manifeste contre le « nettoyage » d’êtres humains.
- Comment ? S’insurgea le Grand Inspecteur. On leur offre une coupe du monde et ils manifestent ? Quelle indécence !  Leurs vies misérables ne sont rien comparées à la beauté du Foot ! Mais voyons si l’on peut rendre ce gueux utile. Apportez un costume Footox ! »

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Docilement, le guide rapporta un costume de tapir géant faisant tourner un ballon sur sa trompe dressée. Péniblement, les deux hommes en vêtirent le clochard. Enfin, Panini recula pour admirer le résultat : écrasé par le poids du costume, le tapir baissait tristement la tête, le ballon entre les cuisses, sa trompe pendouillant lamentablement. Furieux, Panini claqua des doigts. Quatre autres Footox bodybuildés surgirent, se saisirent du clochard et le jetèrent dans une benne sous l’oeil satisfait de Panini qui poursuivit son inspection.


Quelques mètres plus loin, il tomba sur les dernières favelas encore debout. Son coeur fit un bond : que de laideur ! Mais où était le bel asphalte brillant? « Pedro ! Pourquoi est-ce que ceci est encore debout ? Je sais bien que le touriste moyen aime à voir qu’il existe des pauvres plus pauvres que lui mais la pauvreté sale fait peur ! Il nous faut une pauvreté joyeuse illustrant le mythe du bon sauvage. Faites désinfecter les rues, construisez au plus vite des petites maisons multicolores en amiante. Ca c’est de la belle pauvreté pittoresque ! Voilà comment le foot change des vies mon ami ! »

 

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