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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Conte de Nowel visqueux (1)

En ce soir de Nowel, je clopin-clopantais gaiment vers mon lieu de réveillon, veillant à ne pas glisser sur le verglas vespéral. Les oiseaux mazoutés gazouillaient, les néons néonnaient, les décorations décoraient et chacun ressentait le bonheur de l’Esprit de Nowel en son cœur ! Tous les chacuns ? Non : sur le trottoir, je faillis m’empaler sur un chacun-clochard qui chouinait sur une bâche en chanvre. Son visage dévasté, ses hardes haillonesques, les larmes qui coulaient glacées de ses yeux (car il pleurait, le malheureux !) auraient pitiéfié Serge Dassault lui-même en personne.
Emute, je m’arrêtai en pleurs pour m’adresser à cette pauvre créature : « Pauvre créature, immondice vivante, puant déchet : n’as-tu pas honte de dépresser les passants en ce soir de joie ? Tu crois pas qu’en plus je vais écrire un conte de Nowel sur ta pomme olivâtre non ?! Allez, ôte-toi de mon chemin et de ma page, moi je m’en vais réveillonner ! ».

Aussitôt l’homme chosâtre eut le bon goût de disparaître et moi je pus rejoindre en joie jouasse mon lieu de réveillonnage : la maison de famille de ma famille à moi. Se tenaient là mes parents, mes quatorze –ou quinze, tiens, je sais plus- frères et sœurs, mes grands-parents et mon arrière-grand-mère, infirme légumineuse et un peu sénile que l’on supportait en attendant la légalisation de la thanasie…Je saluai tous les membres en érection de ma famille sauf mon arrière-grand-mère qui pouvait plus érecter depuis longtemps vu qu’elle était toujours assise.
Après ça, je déposai mes cadeaux sous le sapin, admirant la petite crèche où créchaient les ânes, les bœufs, Joseph et Marie, enceinte jusqu’aux gencives. La crèche était si réaliste que lorsqu’on regardait entre les cuisses de la vierge, on pouvait voir son vagin dilaté et le petit poing de Jésus qui essayait de sortir de cet odorant coCON, classe non ?

Tandis que je CONtemplais ce miracle de la nature et du réalisme catholique, mon arrière-grand-mère s’était approchée et, râlant horriblement, elle répétait inlassablement « J’aime l’horreur d’être vierge, le soir au fond des bois, J'aime l'horreur d'être vierge et je veux vivre parmi l'effroi que me font mes cheveux pour, le soir, retirée en ma couche, reptile inviolé sentir en la chair inutile le froid scintillement de ta pâle clarté, toi qui te meurs, toi qui brûles de chasteté, nuit blanche de glaçons et de neige cruelle ! ». Mal armée face à de si zétranges propos, je broucouillais maladroitement « Mais Mamina, tu sais bien que je ne suis plus vierge depuis mes huit ans et ce jour où l’oncle Louis Emile m’a entraînée dans le grenier cavesque ! ». Puis, chuchotant à mon père, « Là elle devient vraiment folle à attacher, tu devrais la congeler pour la soirée avec tes enfants naturels, moi je vais pas tenir jusqu’à minuit ! ».