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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Bernanos; "vous m'avez retournée comme un gant"!!

Bernanos; "vous m'avez retournée comme un gant"!!

Prologue


« Je ne suis pas un écrivain. La seule vue d’une feuille de papier me harasse l’âme. L’espèce de recueillement physique qu’impose un tel travail m’est si odieux que je l’évite autant que je le puis. » *

…Hé bien Georges, mon ami, tu aurais pu éviter un peu plus de travailler ; ça m’aurait arrangée !


Postlogue

Georges Bernanos est né à Paris le 20 février 1888 d’un père tapissier et d’une mère issue d’une lignée paysanne*. Les deux parents sont au nombre de deux et sont très pieux, ce sont des catholiques antirépublicains*…Et pas mal fachos aussi*. Papa Bernanos est royaliste et grand admirateur de Drumont* (journaliste et écrivain catholique, nationaliste, antisémite*…du lourd quoi !).


Dès que Georges est en âge de comprendre, Papa Bernie lui lit des pages du quotidien La Libre Parole* (journal d’extrême-droite antisémite fondé par…Tonton Drumont !!*). Ce genre de saines lectures influencera profondément le jeune facho Bernanos mais nous y reviendrons plus tard.

 


En 1897, Bernie junior rentre en sixième au collège de l’Immaculée Conception*…je sais pas pourquoi mais je pense pas qu’il s’agissait d’un établissement public et laïc…Une intuition comme ça…
Enfin bref, déjà, Bernanos fait chier ; il développe moult maladies sans doute psychologiques* et en 1901 son docteur conseille aux parents Bernanos de le retirer du collège*. Georges est alors confié à un prêtre pédophile de Noisy-le-Roi…Ah pardon, on me dit dans mon oreillette que l’adjectif « pédophile » est en trop. Je le sors : Georges est alors confié à un prêtre de Noisy-le-Roi qui se charge de son éducation*. Et il se fait grave chier* ; y’a même pas la téloche chez le cureton ! Il développe alors une très vive angoisse de la mort*.


Là aussi je me dis que c’était vraiment pour faire chier son monde parce qu’en principe quand t’es super catho tu es sûr d’atterrir à la droite (voire l’extrême-droite) de Dieu et au milieu d’anges gras du cul après ta mort…Et donc tu attends de crever avec impatience vu que les anges gras du cul c’est pas courant quand même !


Mais reprenons. En octobre 1901, Bernie est interne au séminaire de la rue Notre-Dame-des-Champs* mais malgré le joli nom bucolique de sa rue il n’arrive pas à s’intégrer*. C’est un cancre et en conséquence on lui conseille d’abandonner les études classiques pour s’engager dans le commerce*, devenir VRP et vendre des aspirateurs. Mais Georges, toujours casse-couilles, s’accroche : pendant ses vacances il lit Balzac, Zola, Maupassant, Barbey et bien d’autres auteurs de qualité* (qu’il copiera souvent dans ses œuvres avec beaucoup moins de succès).


En 1903, pistonné par des prêtres pédo…heum, des prêtres amis de ses parents*, il rentre au petit séminaire de Bourges et échoue brillamment à la première partie de son bac*. En 1905 cependant, il obtient à force d’un travail acharné le premier prix de dissertation* et décroche son bac philo un an plus tard*.

Il entre alors à l’université de Paris et entame simultanément une licence de droit et une autre de lettres*. Mais ce qui l’intéresse vraiment, c’est le militantisme*. Il est remonté depuis 1905 et la loi de séparation de l’église et de l’état* ! Alors il rejoint l’Action Française* (sympathique mouvement antisémite, catholique, antirépublicain, nationaliste…Oh un truc facho, comme c’est étonnant !) puis les Camelots du Roi en 1908*. Il participe à de hauts faits comme mutiler les statues des « révisionnistes »* (ayant demandé la révision du procès Dreyfus) ou encore fesser le professeur Amédée Thalamas pour avoir insulté la GRANDE Jeanne d’Arc*. Bernie fait même un peu de prison* !


En 1913, Léon Daudet (encore un type bien celui-là…cherchez dans wikipédia) lui confie la responsabilité de L’Avant-Garde de Normandie, journal affilié à l’Action Française*. Bernie y fait du beau boulot : il insulte Zola et Alain, se charge de la propagande royaliste*…


Mais il rencontre aussi l’Amour dans ce beau milieu ! Il fait la connaissance de la fille de la présidente des Dames d’Action Française ; Jeanne Talbert d’Arc*…Forcément, une Jeanne presque-d’Arc ça le fait bander à Bernie, il en peut plus et l’épousera plus tard.


Bernie publie aussi des nouvelles dont « Virginie ou le Plaisir des champs »*. Toi aussi, ami lecteur, comme moi, en lisant ce titre, tu te dis « ça c’est un bouquin porno », ça semble logique ! Mais même pas ! C’est juste chiant comme la mort, chiant comme Bernie quoi !


Enfin c’est pas tout ça mais c’est déjà la guerre ; Georges est mobilisé, il fait une pneumonie, il rentre chez lui puis il est remobilisé en 1915*. Et au début il s’emmerde grave, il est déçu par la guerre ; pour lui c’est « beaucoup de bruit pour rien »*, il écrit cette phrase merveilleusement intelligente : « Pas d’ennemi, pas de canon, nulle tranchée, à peine des morts –et c’était des typhiques et des varioleux »*. Hé oui, à cette époque les films d’horreur n’existaient pas alors Bernie devait être tout excité à l’idée de voir des membres déchirés, des visages ensanglantés, des tressaillements d’agonie…Et rien, « à peine des morts »…en effet : neuf millions seulement à la fin de la guerre !


Heureusement, en 1916, Georges découvre avec bonheur les horreurs guerrières en se faisant enterrer vivant suite à l’éclatement d’un obus* ; enfin un peu d’action ! En 1917 il bénéficie d’une permission pour épouser sa Jeanne Presque-d’Arc* et reçoit la croix jaune après la guerre*.


C’est là que Bernie se met à réfléchir : pourquoi la guerre ? Pour lui, la réponse est spirituelle ; le sacrifice des soldats serait semblable au sacrifice de Jésus sur la croix*. Les soldats morts auraient donc racheté les péchés passés des hommes afin qu’ils vivent désormais dans la sagesse*. Voilà l’interprétation…étrange de Georges. Mais une fois encore, il est déçu : l’après-guerre n’est qu’une immense et impudique bacchanale, une fête perpétuelle !


Bernanos se concentre alors sur une saine activité, faire des gamins à sa Jeanne*. Il commence aussi à s’éloigner peu à peu de l’Action Française, ce qui n’est pas un mal !


En 22, toujours par piston, grâce à beau-papa, il trouve un emploi d’inspecteur d’assurances* et pour changer, il se fait chier ! Lors de ses déplacements perpétuels, il se met à écrire partout, tout le temps : au comptoir des bistrots, sur les quais de gare*…C’est de là que naîtra son premier roman Sous le Soleil de Satan, pondu à trente-huit ans* (hé oui, Bernie était précoce quant à faire des gosses mais pas en écriture !). Sous le Soleil, c’est pas cul-cul comme son titre le laisse supputer mais c’est très con-con ! C’est l’histoire d’une pisseuse chieuse affublée d’un nom ridicule (Mouchette) qui tombe enceinte, tue son amant et fait une fausse-couche et c’est aussi l’histoire d’un curé taré qui adore se flageller, rencontre le diable déguisé en vendeur de chevaux la nuit, roule un patin au diable puis reçoit un don miraculeux, celui de lire l’âme des gens. Grâce à ce don il fait que des couilles parce qu’il n’est qu’un « brouillon de saint »; il pousse Mouchette au suicide puis essaie de ressusciter un gamin mort qui revit puis remeurt sous les yeux de la mère du gosse qui en devient folle. Et à la fin, le curé il meurt tout seul dans son confessionnal…On trouve dans ce superbe ouvrage de magnifiques phrases du genre « Vous m’avez retourné comme un gant » ou encore « Le vicaire de Campagne ne douta plus que cela qu’il attendait sans le connaître était venu »*. Dans ce bouquin, Bernanos en profite aussi pour tacler tous les écrivains meilleurs que lui qu’il méprise comme André Gide ou Anatole France* ; pas très chrétien vous trouvez pas ?


Je sais pas pourquoi mais ce livre eut beaucoup de succès* et permit à Bernanos de cesser ses activités d’inspecteur d’assurances*. Il commettra plein d’autres bouquins du coup : l’Imposture*, la Joie*, Jeanne relapse et sainte* (toujours cette obsession de Jeanne d’Arc…) et un essai : La Grande peur des bien-pensants en 31*. A la base, ça devait être un bouquin à la gloire de Drumont et puis finalement, Bernie s’est repris* ! Il commence à s’améliorer un peu !
Il se fait même embaucher dans un journal qui n’appartient même pas à Action Française…Bon, c’est le Figaro* ; pas franchement gaucho non plus mais on se doute bien que l’Humanité allait pas embaucher Bernie !


Et puis on dirait pas mais Georges il est aussi un petit peu rebelle et aventurier dans son genre ! Il entame une série de conférences en Afrique du nord*, il voyage donc beaucoup et a même une motocyclette* comme on dit à l’époque…Et bien sûr, il se vautre comme une merde avec sa motocyclette en 33*. Finalement il est peut-être pas si rebelle que ça…Zavez déjà vu le Rebelle de TF1 se vautrer avec sa moto ? Pas moi !


Mais passons ; l’accident de Bernie aura de désastreuses conséquences*. Non seulement Georges en subira les séquelles physiques (douleurs, opérations) sa vie entière* (déjà il était pas très sain dans sa tête mais là en plus il sera plus trop sain dans son corps), mais en plus il doit faire face à de grosses difficultés financières*.


Voilà pourquoi il déménage en 34 à Palma de Majorque*. Là, ça va un peu mieux, son ouvrage Journal d’un Curé de campagne (pfff il était vraiment excité par les soutanes ce type) sorti en 36 lui vaut le prix de l’Académie française*.


Et puis en 37 c’est le début de la guerre d’Espagne*. Au début Bernie se tâte ; il aime bien Franco et puis finalement on assiste à un spectaculaire virage à gauche (comme celui qu’il a sans doute pris avec sa moto avant de se payer le mur) ! Georges trouve ça pas très chrétien de massacrer des milliers de personnes, il prend clairement position contre le franquisme en 38 dans son spectaculaire et courageux essai ; Les Grands Cimetières sous la lune*.
Certains de ses amis fachos ne lui pardonneront pas ce revirement.


Après l’Espagne, Georges déménage au Brésil où il publie Monsieur Ouine en 43*. Et une fois encore il fait un accroc à ses convictions d’origine en dénonçant le régime hitlérien et rejoignant de Gaulle ainsi que la résistance*. En 45 d’ailleurs c’est de Gaulle qui demande son retour en France*.
Chose étonnante, dans son essai de 47 La France contre les robots, il dénonce la société de consommation, le matérialisme, évoquant déjà les phénomènes de délocalisation que nous connaissons aujourd’hui*. En bon parano, Bernie est aussi intimement persuadé que la bombe atomique mènera à la perte des hommes, à l’apocalypse* ! Il refuse aussi à trois reprises la légion d’honneur*.


Néanmoins il n’est pas hippie pour autant ; il rêve toujours d’une société catholique et nationaliste*. Il déclare alors que le mot « démocratie » est «  le mot le plus prostitué de la langue française »* et se casse en Tunisie en 47*.

En 48 il sera victime de ce qu’il appellera « crise hépatico-vésiculaire »* : un cancer du foie tout bêtement*. Il doit rester aliter la majorité du temps et finit par mourir le 5 juillet* en râlant « Salaud de Dieu, il n’existe pas !! »…Non, je déconne : jusqu’à la fin il n’a pas réussi à être lucide sur ce point. Chantons donc un requiem à la gloire de Georges Bernanos !

 

 

*: Tous les éléments astérisqués sont certifiés authentiquement authentiques!