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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Comment je me prostituai (bien involontairement il est vrai)

 

L'autre jour, je me promenais bien innocemment près des abattoirs de Bordeaux (c'est un lieu fort agréable pour se balader et se relaxer: on y entend les pitits agneaux en train de se faire dépecer qui appellent leur mère, on y sent une délicieuse odeur de sang et de mort, c'est super!) lorsqu'un petit vieux très laid m'accosta.

Le vieux en question portait une perruque violette en poils de cochon d'inde, un manteau vert en herbe véritable de stade de France ainsi que des lunettes en forme d'étoile et une cane en bambou. J'étais en train de me dire que j'adorais son look lorsque le vieux m'accosta (comme je vous le disais précédemment avant cet interlude vestimenteux) tel le Colbert dans le port d'Amsterdam, là où il y a des marins qui boivent.

Bref : le vieux ne me dit pas bonjour ni bonsoir ni bonjouar : il dit juste « Hé c'est combien ? ». Surprise, je lui demandai « Ai-je l'air d'une péripute ? ». A quoi le vieux répondit sans l'ombre du reflet d'une hésitation « ben oui !! ».

 

Vous me connaissez ,vous savez que je suis une fille raisonnable et moi, en tant que fille raisonnable, je sais bien que la vérité ne sort pas de la bouche des enfants (qu'on devrait tous exterminer) parce qu'elle sort bel et bien de la bouche édentée et baveuse des petits vieux…et donc, puisque ce petit vieux me disait que j'étais une péripute, je me devais de le croire, par respect pour les zaînés et tout ça…Néanmoins, je décidai de vérifier : je sortis mon miroir de poche et regardai mon reflet. Je vis une bouche percée habillée du dernier gloss repulpeur de chez sephora, je vis les cinq couches successives de mascara sur mes yeux et le fond de teint mal étalé qui me donnait un magnifique hâle orangé-Villepin. Aucun doute possible : j'étais une péripute…mais que devais-je faire ? Quel était le rôle d'une péripute ; ça je n'arrivais toujours pas à mon souvenir.

 

Je tâchai alors de me remémorer des dialogues entre périputes et clients que j'avais vu à la tévé et je me souvins fort heureusement de ce passage d'un Navarro où Roger Hanin, à un moment où la caméra regarde ailleurs, va voir une péripute qui lui dit « Tu montes beau mâle ? ».

Voilà ce que je devais faire : je toisai mon vieux d'un œil coquinet et lui dis « Tu montes vieux mâle » ?

Miracle, j'avais bon, ça marchait : le vieux il avait l'air tout content : il avala quatre ou cinq pilules bleues et se mit à frétiller de tout partout.

« Je te suis » me dit-il en bavant.

 

Le problème, c'est que je n'avais pas regardé Navarro en entier et je n'avais donc pas vu où la péripute et Roger montaient. Je cherchai désespérément un escalier mais en vain…tout à coup, j'avisai un platane tout proche : j'avais enfin trouvé où monter et commençai à escalader mon arbre : « vraiment –me disais-je- c'est un métier difficile que celui de péripute ! ».

 

Après moult hésitation, mon vieux se décida à escalader l'arbre à son tour tandis que je l'encourageai de vive voix : « Ha oui vas-y, tu y viens tu y es…ah ! ». Cependant, à mi-chemin du platane, le vieux fit « gloups » et porta sa main à son cœur avant de choir brutalement sur le saule (oui : y'avait un saule pleureur juste à côté du platane).

Je descendis de mon platane et tâtai le vieux qui était froid comme un Mr Freeze…l'émotion de s'être envoyé en l'air sans doute !

Je fouillai ses poches et me pris 300€ en allumant une cigarette et en lui disant qu'il avait été formidable et que jamais je n'avais pris un tel pied (j'avais vu ça la veille dans Julie Lescault au moment où Véronique Genest la sarkozyste se tape un nain transsexuel)…Finalement, c'était pas si compliqué d'être péripute et ça payait bien !!