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La polysémie de la nouille

La polysémie de la nouille

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Fléau, chapitre II

Fléau, chapitre II

Lorsque Cherétendre revint enfin de la salle de bain, les yeux rougis et l’air accablé, Fléau sauta d’un bond précis dans son carton. Faisant le gros dos, le poil hérissé, il émettait à présent les mêmes feulements que ceux de Reagan dans L’Exorciste.

« Tiens, c’est marrant, lâchai-je pensive, y a pas dix secondes il était sur mes genoux en train de ronronner. »
Cherétendre me lança un regard noir, comme s’il ne goûtait guère la plaisanterie. Alors je me tus, persuadée qu’il ne me croirait jamais.

Nous passâmes ensuite une soirée absolument terrifiante. Alors que Cherétendre coupait des carottes pour le repas du soir, nous entendîmes un long grondement guttural, un son tellement puissant que les vitres en tremblaient. Interloqués, Cherétendre et moi jetâmes un coup d’œil craintif vers le carton : « Comment est-ce possible enfin ? Il doit peser cinq-cents grammes…T’es sûr que c’est pas le tonnerre qui gronde ? »          
Cherétendre semblait au bord de la crise de nerfs : « Ce…cette chose n’est pas humaine !
- Bien sûr que non, bordel ! Puisque c’est un chat !
- Oui…Je veux dire…pas de ce monde ! »  
Ca y était, je l’avais perdu. Je le traînai par la manche jusqu’au carton que j’ouvris d’un geste brusque. Fléau était sagement occupé à se lécher le fondement. Passablement surpris par cette intrusion dans son intimité, il leva sa minuscule tête et poussa un imperceptible miaulement désapprobateur.         


Cherétendre soupira, visiblement soulagé. J’en profitai pour enfoncer le clou : « Je sais que je n’ai pas été tout à fait rationnelle en découvrant cet animal tout à l’heure mais j’ai repris mes esprits. Je souhaiterais que tu en fasses de même à présent…et que tu finisses le repas ! »

Penaud, Cherétendre retourna en cuisine tandis que je reprenais ma place sur le canapé. Nous commencions tout juste à nous détendre quand, cette fois-ci, ce fut un cri bref et suraigu, semblable à un piaillement de mouette, qui nous fit sursauter.            
Un « merde » tonitruant y répondit de la cuisine et je vis passer Cherétendre, qui retournait en courant vers la salle de bain, serrant dans un torchon sa main ensanglantée.     

Lorsqu’il revint, pâle comme un vampire anémié, Fléau avait entrepris de gratter frénétiquement son carton. « Tu crois pas qu’il va finir par faire un trou ? » me demanda mon époux d’une voix blanche. Agacée par tant de couardise, je me levai du canapé pour expédier à grands coups de pied -méthode qui avait précédemment fait ses preuves- le carton dans le bureau de Cherétendre, à l’autre bout de la maison. Je fermai la porte à clef, puis je retournai tranquillement m’asseoir.         

Néanmoins, des cris inquiétants continuaient à nous parvenir, décidant Cherétendre à faire un usage intensif du robot de cuisine avec un repas composé de mets exclusivement râpés, broyés, moulus, hachés, écrasés, compotés : carottes râpées aux noisettes broyées et à la chapelure fraîche, galettes de pommes de terre râpées au persil moulu et leur hachis de faux-filet de bœuf, smoothie banane-kiwi. Nous dûmes également supporter le JT de Jean-Pierre Pernaut à plein volume.